
Depuis la proclamation de la République en 1953, l’Égypte a connu une succession de chefs d’État qui ont profondément marqué son histoire contemporaine. Comprendre qui sont les présidents de l’Égypte, c’est aussi suivre l’évolution d’un pays central du monde arabe, entre révolution, nationalisme, paix avec Israël, autoritarisme, soulèvements populaires et recomposition du pouvoir.
L’histoire présidentielle égyptienne commence après la révolution des Officiers libres, en 1952. Ce mouvement militaire renverse le roi Farouk, met fin à la monarchie et ouvre une nouvelle période politique. Le 18 juin 1953, l’Égypte devient officiellement une République. Le premier président est alors Mohamed Naguib, figure respectée de l’armée et symbole de la transition.
Cette naissance républicaine s’inscrit dans un contexte régional marqué par la décolonisation, la montée du nationalisme arabe et la volonté de bâtir des États modernes. Comme dans d’autres pays d’Afrique du Nord, la fonction présidentielle devient rapidement le centre du pouvoir politique. Pour comparer cette évolution avec un autre parcours maghrébin, l’histoire politique algérienne montre également le poids décisif des indépendances, de l’armée et des institutions dans la construction de l’État.
Depuis la fondation de la République, l’Égypte a connu plusieurs présidents, auxquels il faut ajouter des dirigeants par intérim lors de périodes de transition. La liste suivante présente les principaux chefs d’État ayant exercé la fonction présidentielle, avec les dates généralement retenues par l’histoire institutionnelle égyptienne.
Cette chronologie montre une caractéristique essentielle : la présidence égyptienne a souvent été liée à l’armée, directement ou indirectement. À l’exception notable de Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans et élu après la révolution de 2011, la plupart des présidents égyptiens sont issus du monde militaire.
Mohamed Naguib occupe une place particulière dans l’histoire du pays. Né en 1901, militaire de carrière, il devient la figure publique de la révolution de 1952. Lorsque la République est proclamée, il est désigné comme premier président de l’Égypte. Son rôle est cependant rapidement fragilisé par les tensions internes au mouvement des Officiers libres.
Naguib souhaite un retour plus rapide à une vie politique pluraliste et à des institutions civiles. À l’inverse, Gamal Abdel Nasser et ses proches défendent un pouvoir révolutionnaire plus centralisé. Le conflit tourne à l’avantage de Nasser : Naguib est écarté en 1954, puis placé en résidence surveillée pendant de longues années. Son passage au pouvoir est bref, mais il reste le symbole de la transition entre la monarchie et la République.
Gamal Abdel Nasser est sans doute l’un des dirigeants égyptiens les plus influents du XXe siècle. Il consolide son pouvoir à partir de 1954 et devient officiellement président en 1956. Son nom est associé au nationalisme arabe, au non-alignement et à la volonté de donner à l’Égypte un rôle central dans le monde arabe et africain.
Son acte le plus célèbre reste la nationalisation du canal de Suez en 1956. Cette décision provoque une intervention militaire franco-britannique et israélienne, mais renforce son prestige dans de nombreux pays décolonisés. Nasser lance aussi de vastes réformes sociales, développe l’industrie publique, engage une réforme agraire et fait construire le haut barrage d’Assouan, projet majeur de modernisation.
Son bilan est toutefois contrasté. La défaite de 1967 face à Israël, lors de la guerre des Six Jours, affaiblit profondément l’Égypte. Malgré cela, Nasser conserve une immense popularité jusqu’à sa mort en 1970. Il laisse l’image d’un président charismatique, autoritaire, modernisateur et porteur d’une ambition régionale sans équivalent.
Après la mort de Nasser, Anouar el-Sadate accède à la présidence. D’abord perçu comme une personnalité de transition, il affirme rapidement son autorité. En 1973, il lance avec la Syrie une offensive contre Israël pendant la guerre du Kippour. Pour l’Égypte, cette guerre permet de restaurer une partie de la confiance nationale après l’humiliation de 1967.
Sadate est surtout connu pour avoir engagé un tournant diplomatique majeur. En 1978, il signe les accords de Camp David avec le Premier ministre israélien Menahem Begin, sous la médiation des États-Unis. L’année suivante, l’Égypte devient le premier pays arabe à signer un traité de paix avec Israël. Cette décision vaut à Sadate le prix Nobel de la paix, mais provoque aussi l’isolement temporaire de l’Égypte dans le monde arabe.
Sur le plan intérieur, il lance une politique d’ouverture économique appelée infitah, destinée à attirer les investissements et à réduire le poids de l’État. Mais les inégalités, les tensions sociales et la contestation islamiste progressent. Sadate est assassiné le 6 octobre 1981 lors d’un défilé militaire au Caire.
Vice-président au moment de l’assassinat de Sadate, Hosni Moubarak prend la tête de l’État en 1981. Son règne dure près de trente ans, ce qui en fait l’un des présidents les plus durables de l’histoire contemporaine de l’Égypte. Son pouvoir repose sur la stabilité, l’appareil sécuritaire, le soutien de l’armée et une relation stratégique forte avec les États-Unis.
Sous Moubarak, l’Égypte conserve le traité de paix avec Israël et joue un rôle diplomatique important au Moyen-Orient. Le pays bénéficie d’une aide américaine considérable, notamment militaire. Sur le plan économique, certaines réformes libérales sont engagées, mais leurs effets restent inégaux. Une partie de la population subit le chômage, la corruption et la hausse du coût de la vie.
Le système politique demeure fortement verrouillé. L’état d’urgence, instauré après l’assassinat de Sadate, reste en vigueur pendant presque toute la présidence Moubarak. Les opposants sont surveillés, les élections contestées et la succession dynastique supposée au profit de son fils Gamal suscite de fortes critiques. En 2011, dans le contexte du Printemps arabe, de vastes manifestations éclatent sur la place Tahrir. Moubarak démissionne le 11 février 2011.
Après la chute de Moubarak, l’Égypte traverse une transition complexe dirigée par le Conseil suprême des forces armées. En 2012, Mohamed Morsi remporte l’élection présidentielle. Il devient le premier président civil élu au suffrage universel dans l’histoire du pays, ainsi que le premier chef d’État issu des Frères musulmans.
Son arrivée au pouvoir marque une rupture, mais son mandat est rapidement marqué par de profondes divisions. Ses opposants l’accusent de concentrer le pouvoir et de vouloir islamiser les institutions. Ses partisans estiment, au contraire, qu’il fait face à un appareil d’État hostile et à une transition piégée. La crise politique s’aggrave en 2013, avec de grandes manifestations réclamant son départ.
Le 3 juillet 2013, l’armée, dirigée par Abdel Fattah al-Sissi, destitue Mohamed Morsi. Adly Mansour, président de la Haute Cour constitutionnelle, devient président par intérim. Cette période reste l’une des plus sensibles de l’histoire récente égyptienne, car elle oppose deux lectures : celle d’un soulèvement populaire soutenu par l’armée et celle d’un coup d’État contre un président élu.
Abdel Fattah al-Sissi, ancien chef de l’armée et ministre de la Défense, est élu président en 2014, puis réélu en 2018 et en 2023. Son pouvoir se présente comme un retour à l’ordre après les turbulences de 2011-2013. Il met en avant la sécurité, la lutte contre le terrorisme, les grands projets d’infrastructure et la modernisation de l’État.
Parmi les projets emblématiques figurent l’élargissement du canal de Suez, la construction d’une nouvelle capitale administrative à l’est du Caire, le développement de routes, de ponts et de zones urbaines. Le gouvernement insiste sur la nécessité de transformer l’économie et d’attirer les investissements. Cependant, l’Égypte reste confrontée à une forte pression démographique, à l’inflation et à une dette élevée.
La présidence d’al-Sissi est aussi critiquée par des organisations de défense des droits humains pour la restriction des libertés publiques, l’emprisonnement d’opposants et le contrôle de l’espace politique. Comme pour d’autres régimes présidentiels de la région, l’équilibre entre stabilité, sécurité et pluralisme demeure au cœur des débats. À titre de comparaison régionale, la trajectoire institutionnelle tunisienne illustre une autre manière dont les présidences arabes ont évolué après les ruptures politiques du XXe et du XXIe siècle.
Le président de la République arabe d’Égypte est le chef de l’État et occupe une place centrale dans le système politique. Il nomme le Premier ministre, influence fortement la politique étrangère, supervise les grandes orientations économiques et joue un rôle majeur dans les affaires de défense. Dans la pratique, la présidence égyptienne est historiquement associée à un pouvoir exécutif très fort.
Les constitutions successives ont modifié certains équilibres, mais le président reste l’acteur institutionnel dominant. L’armée, les services de sécurité, l’administration et la justice ont également un poids important dans la vie politique. Cette architecture explique pourquoi les changements de président en Égypte ne sont pas seulement des alternances électorales : ils traduisent souvent des transformations plus profondes de l’État.
Les présidents de l’Égypte racontent l’histoire d’un pays qui a cherché à concilier indépendance nationale, leadership régional, stabilité politique et développement économique. De Mohamed Naguib à Abdel Fattah al-Sissi, chaque dirigeant incarne une étape : la fondation républicaine, le nationalisme arabe, la paix avec Israël, la longue stabilité autoritaire, l’expérience démocratique post-2011 et le retour d’un pouvoir fortement structuré autour de l’État et de l’armée.
La réponse à la question quels sont les présidents de l’Égypte ne se limite donc pas à une liste de noms. Elle permet de comprendre les grandes ruptures du pays depuis 1953, son rôle au Moyen-Orient et les tensions permanentes entre modernisation, sécurité, souveraineté et participation politique. L’Égypte demeure ainsi un observatoire essentiel des dynamiques présidentielles dans le monde arabe contemporain.